Les jeunes et le tiers monde

 

Intervention du cardinal CARDIJN, le 23 septembre 1965 (D.C. 1965, 1859-61)

 

VÉNÉRABLES PÈRES,

 

Dans cette Constitution pastorale, digne des plus grands éloges, notre Concile veut porter la lumière à tous les hommes de notre temps. C'est pourquoi il est extrêmement important qu'il consi­dère ces hommes non pas d'une façon générale, mais tels qu'ils sont concrètement dans le monde d'aujourd'hui.

Il y a principalement trois catégories d'hommes qui sont vraiment concernés par ces difficiles pro­blèmes les jeunes, les ouvriers et les peuples du tiers-monde. Ils attendent que le Concile leur parle comme le Christ lorsqu'il a dit « Le Père m'a envoyé pour porter la bonne nouvelle aux peuples. »

C'est pourquoi je souhaiterais vivement que dans l'introduction de cette première partie intitulée «  la condition humaine dans le monde d'aujourd'hui », on ajoute trois numéros, ou un numéro contenant trois paragraphes consacrés respectivement aux jeunes, aux ouvriers et aux peuples du tiers-monde. Ces numéros ou paragraphes donneraient à toute l'introduction un style et un caractère concrets et dynamiques.

Aujourd'hui, je ne parlerai que des jeunes et du tiers-monde, me réservant, si vous me le permettez, de parler une autre fois du problème ouvrier.

 

La responsabilité des jeunes dans la construction d'un monde meilleur

La situation démographique du monde est au­jourd'hui telle que les jeunes constituent environ la moitié de toute la population du globe. Cette moitié de l'humanité peut d'autant moins être oubliée par le Concile qu'elle en est la partie la plus dyna­mique, qu'elle est appelée à exercer l'influence la plus grande sur l'avenir, et que la vie des jeunes d'aujourd'hui est très différente de celle des jeunes d'autrefois. Ils vivent de plus en plus éloignés de leurs parents, de leur famille et même de leur patrie, a cause de leurs études, de leur travail ou de leurs loisirs. Ils sont plus unis entre eux et ils vivent davantage en groupes. Ils sont à un âge où ils doivent décider quelle sera leur vocation ou leur service dans la vie. Le monde dans lequel ils entrent et commencent à travailler se trouve devant des problèmes nouveaux et extrêmement graves. Il dépend d'eux que ce monde nouveau devienne meil­leur ou pire. Si on abandonne ces jeunes, si on les laisse seuls, ils ne peuvent pas résoudre comme il faut les problèmes de leur âge et du monde moderne.

C'est pourquoi, par cette constitution, le Concile doit adresser aux jeunes d'aujourd'hui un message spécial dans lequel il leur exprime sa confiance et les exhorte à prendre, dans leurs divers milieux, conscience de leurs responsabilités à l'égard de notre époque et de celle de demain.

Plutôt que d'adresser aux jeunes des exhorta­tions paternelles, le Concile doit leur donner une conscience virile de leurs responsabilités. Le monde d'aujourd'hui sera ce qu'eux-mêmes seront en vertu des options qu'ils prendront librement. Leurs défauts, certes, mais aussi les activités répréhen­sibles auxquelles peut les entraîner l'appât du gain, ne doivent pas les écarter des grandes et belles vocation et responsabilité qu'ils ont aujourd'hui.

Toutes les autorités, aussi bien civiles que pri­vées, doivent honnêtement et courageusement aider les jeunes du monde entier à répondre généreuse­ment et joyeusement à cette vocation, pour que le monde entier se renouvelle et devienne meilleur.

Notre sainte Mère Eglise attend des jeunes d'au­jourd'hui - que Notre-Seigneur Jésus-Christ aime certainement, lui qui, pendant sa vie terrestre, a tant aimé les jeunes - qu'ils soient dans ces temps nouveaux les artisans efficaces de sa mission divine dans le monde, pour la concorde et le salut des hommes, pour la plus grande gloire de Dieu, aujourd'hui et demain.

 

La grande injustice internationale d'aujourd'hui

Dans sa sollicitude pour la condition des hommes d'aujourd'hui, l'Eglise doit avoir la plus grande considération pour l'aspiration générale des peuples du tiers-monde à l'égalité avec les vieux pays dans tous les domaines de la vie humaine. Aussi bien par sa compréhension concrète des problèmes humains que par l'amour divin auquel elle parti­cipe, et par son action missionnaire, l'Eglise doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour aider efficacement ces peuples jeunes, tout en respectant profondément leur caractère propre.

Les fidèles des vieilles nations chrétiennes doivent, par tous les moyens, porter remède aux souffrances, aux misères et aux angoisses actuelles du tiers monde. Leur secours ne doit pas consister seulement en argent ou en moyens techniques et matériels. Ces jeunes nations ont surtout besoin d'éducation fraternelle pour pouvoir prendre en main elles-mêmes la cause de leur promotion humaine et divine. Ce serait certainement un grand scandale historique si devait se poursuivre long­temps le présent état de choses où les pays considérés comme chrétiens ont la possession et la jouissance de la plus grande partie des richesses du monde.

Le Concile doit adjurer solennellement les vieilles nations riches, en manifestant très haut son anxiété chrétienne, à unir dans un esprit vrai­ment universel et sincèrement humain - toutes les ressources scientifiques, techniques, écono­miques et politiques dont elles peuvent certaine­ment disposer aujourd'hui si elles le veulent, pour soulager et supprimer toutes ces grandes souffrances, toutes ces angoisses du tiers-monde. Si, par égoïsme, racisme ou nationalisme, elles refusaient d'obéir à ce précepte manifeste de la divine Providence, nous pouvons être assurés que le jugement de Dieu sera sévère et immédiat pour cette grande injustice internationale aujourd'hui.

 

Je parlerai des ouvriers d'aujourd'hui une autre fois, si vous me le permettez.  Dixi.

Joseph Cardinal Cardijn

 

 

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